45 la transpyrénéenne

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Le temps dehors ne se prêtait pas à la déambulation campagnarde.

La pluie tombait sans cesse sur mon paysage environnemental.

Donc, pas question de sortir de chez moi, d’ailleurs, la cheminée m’appelait à rester ici.

Ses craquements attiraient mon regard et fixaient mon esprit dans les flammes qui montaient haut dans l’âtre.

J’étais assis devant, dans mon amical fauteuil rouge, un verre de vin chaud à la cannelle à la main, l’autre main pendait lamentablement vers le sol, les yeux dans le vague.

Sur son étagère, plus loin là-bas, le vieux poste de radio jouait du Max Roach dans solo de drum tout à fait intéressant.

Mon regard hagard balayait les parois de la pièce quand, tout à coup, mes yeux se sont arrêtés sur une photo au mur. Elle représentait un paysage de montagne. Pas n’importe quelle montagne! Non! Les Pyrénées s’il vous plait! C’était une petite route qui serpente au dessus d’un ravin. Une voiture était arrêtait. Je pense que c’était celle du photographe. J’en suis même certain, puisque c’était la mienne. J’avais à peine 20 ans et je venais d’acquérir ma première automobile. Un espace de liberté s’ouvrait tout à moi dans ce véhicule. Je m’en souviens comme si cela était hier matin.

C’était une Renault 4L fourgonnette vitrée. Un très vieux modèle. Pensez donc, il n’y avait que trois vitesses. Il y avait encore la manivelle, dans le cas tout à fait probable où le démarreur de fonctionnerait pas, cela qui lui arrivait quelques fois. Quand je l’ai acheté, elle était toute blanche et je l’avais eut pour quelques billets de francs. Vraiment pas chère. Quand je vous disais tout à l’heure ; « espace de liberté »,  c’était un besoins irrépressible de pouvoir bouger quand je le voulais et où je voulais sans avoir de compte à rendre à personne.

J’ai donc préparé mon carrosse pour une grande expédition. Cet accomplissement serait de faire une transpyrénéenne en voiture en utilisant le moins de goudron possible. Il m’a donc d’abord fallu préparer et aménager la 4L.

Avançons par étapes.

Tout d’abord, pour avoir une autonomie suffisante, j’ai installé un deuxième réservoir d’essence sous la voiture, à l’arrière, à la place de la roue de secours qui elle, s’est retrouvée fixée sur le capot avant. J’ai mis une tablette pliante sur la porte arrière de la fourgonnette. Il m’était alors possible de manger debout en ouvrant la porte les jours de beau temps et quand, celui-ci virait au mauvais, je pouvait ainsi manger dans la voiture, assis sur les passages de roues, la porte fermée.  Pour dormir, deux longs tubes partaient de l’arrière jusqu’au pare-brise avec des sortes d’équerres,. Une toile épaisse faisait une sorte de hamac que je pouvait rouler pour la journée. Juste derrière les sièges, avec mon père, on avait construit une grande boite en bois. Une sorte de coffre offrant trois compartiments. Le premier à gauche était entièrement tapissait de polystyrène de bonne dimension et faisant office de garde manger à l’aide de quelques glaçons stockés dans des poches en plastique noir et épais. Il y avait aussi un petit réservoir d’eau potable, pas franchement frais mais pour le moins, loin d’être tiède. Celui du milieu recevait tout le matériel de cuisine tel que; le réchaud, une ou deux casseroles, poêle, les couverts etc ainsi que les aliments secs et quelques conserves. Quand à la partie de droite, elle contenait une cuve d’eau. Mais là où le génie et l’habileté de mon père avaient joué, c’est qu’il avait tiré un tuyau qui partait du radiateur de la voiture, entrait dans la cuve, serpentait à l’intérieur un bon moment avant d’en ressortir et retourner au radiateur. Conclusion, par échange thermique, j’avais de l’eau chaude pour la petite vaisselle et le petit lavage sommaire corporel de l’aventurier. Un autre coffre, indépendant servait à ranger mes affaires vestimentaires. Je me suis aussi  dit que je pourrais, peut-être, profiter davantage du paysage lointain et de mon environnement en apportant quelques modifications à la carrosserie. Pour bien comprendre, il faut savoir que les portes de ce genre de voiture, à l’époque, étaient fixées au véhicule par simplement des gonds comme ceux que l’on trouves sur les portes de nos habitations. Une fois ouverte, on soulève la porte et elle se dégonde aussitôt. Cela m’a donné une idée . Pour quelques francs, j’ai couru jusqu’à la casse chercher deux portières de 4L que j’ai coupées en deux, juste sous la vitre, puis j’ai plié la tôle à coups de marteau pour abaisser encore le haut de ce qui restait de la porte. Je pouvais en alternance, suivant la météorologie du moment, avoir une portière entièrement fermée ou alors, une demi porte laissant l’air ambiant et le paysage me parvenir librement. Je me suis même dis que je pourrais aller plus loin dans la démarche de ma quête de liberté ,en enlevant carrément la porte. J’ai pris une chaine qui pouvait entrer dans un tuyau de gaz. J’ai bien enroulé le tout dans un scotch du genre « chatterton » de couleur vive laissant juste apparaitre à chaque extrémité, d’un coté un maillon pour le fixer au montant de la carrosserie et de l’autre bout une sorte de crochet pouvant entrer dans un trou fait dans le montant opposé. Je pouvais avoir ainsi un éventail de possibilités; les jours de pluie, les portes d’origine laissant dans l’arrière les demi-portes, les jours de beau temps, en un tour de main je pouvais intervertir les portières pour tracer ma route et puis, dès que cela était possible, je virai tout et ne mettais que les chainettes m’offrant une sensation étrange d’espace et de liberté totale.

Voilà ! … Enfin, mon véhicule d’évasion était prêt pour l’aventure.

Bon…

Oui mais vers qu’elle conquête et vers quel monde, je pouvais embarquer?

Après un moment de réflexion, sommes toutes assez bref, j’envisageai une transpyrénéenne d’est en ouest. Je sais, je vous l’ai dit au début mais à l’époque je n’étais pas assis dans mon fauteuil rouge à regarder une vielle photo. Maintenant, je suis dans la photo accrochée au mur.

Donc, c’est décidé. Je prend la route direction Toulouse puis Carcassonne par bonne vielle nationale 113 qui traverse toutes les petites villes et villages à l’ombre des grands platanes.

Enfin, Carcassonne !

Quelle belle cité. Le soir venu, j’ai garé la voiture en pleine campagne, proche de la ville et j’ai observé la silhouette de ses remparts ce découper au soleil couchant sur l’horizon jusqu’à ce des lumières orangées éclairent les murs de la cité. Le noir ayant fini par remplacer la lumière, j’ai dormi là pour une première dans mon « camping-car » de fortune. Au petit jour, j’ai pris le temps de visiter la vielle citée blottie au milieux de ses doubles remparts. Il n’y avait quasiment personne. Le régal de l’aube.

Maintenant, l’aventure va enfin commencé et pour de bon.

J’ai filé vert le sud, en essayant de prendre le moins de routes

possibles. Rouler sur le plus de chemins de terre et de cailloux possible, voir même des sentiers de pierraille et d’herbe.

Je regarde encore cette vielle photo, un peu jaunie. Voilà, je me souviens de cette odyssée à naître comme si je venais de descendre de l’auto.

J’ai croisé au cour de ce voyage extraordinaire (en tous cas pour moi) des paysages à me couper le souffle, des villages encore restés dans des temps anciens, des châteaux en ruines d’où sortent encore des histoires Cathares, des cabanes égarées au creux d’une vallée avec derrière la porte close, j’en suis certain, des personnages issus des légendes occitanes. Tout au long du parcours je vous parlerai peut-être de la Trimarde (Une croquemitaine ayant la particularité d’avoir l’aspect d’une vieille femme parcourant les routes en quête d’enfants à voler qu’elle met dans son sac qu’elle porte sur son dos. On la localise dans le Comminges (Haute-Garonne) ou le Couserans (Ariège) et qui fait tellement peur aux enfants) ou alors d’Hadetta (Une fée des Pyrénées gasconnes, une espèce de femme aux pieds palmés, un être déchu du statut de « femmes des dieux ». Les pyrénéens, dans leurs croyances ancestrales et leurs superstitions lointaines, les ont a confinées à un environnement qui reste mystérieux pour eux. Elles vivent dans des mégalithes ou des grottes sur les bords des gaves. L’Hadetta est le plus souvent en quête du mariage avec un humain car Selon la tradition, seul le mariage peut l’extraire de sa condition d’enchantée.) ou peut-être encore de Baesert (Le Baesert est une Divinité typique du piémont pyrénéen, de la région du Gourdan-Polignan de la Haute-Garonne. Il pourrait avoir été, autrefois « un dieu sanglier »), qui déboule au coin d’un bois comme un sanglier en furie. Je pourrai vous tout aussi bien vous dire que j’ai croisé le Drac. (On retrouve le DRAC du Roussillon à la Bigorre. Certains traiteraient peut-être vers le Pays Basque. Il est associé à l’eau et présente une personnalité équivoque, aussi bien espiègle que redoutable. On fait de lui un Diable qui a l’aspect d’un âne. Un âne qui, une fois chevauché, s’allonge démesurément pour précipiter ses cavaliers dans un torrent.), tous ces personnages, je les ai croisés au cours de la traversée. Vous ne croyez pas? Vous avez tort. Je les ai vu. Bien sur ils ne se présentaient pas comme vous pouvez les imaginer dans les livres de contes, non, ils avaient une apparence tout à fait humaine, comme vous et moi, et pourtant….

Et pourtant…

Je vais vous rassurez, j’ai traversé toutes leurs rencontres sans dommage, enfin je pense. En fait je vais vous parler un peu d’autres choses. Cela, je le garde pour moi ou pour amuser mes enfants. Peut-être qu’un jour, je vous dirai tout çà… Non, là je vais vous dire comment, après avoir visité les citadelles imprenables et du vertige, j’ai emprunté ce petit chemin de terre et de cailloux  pour me rendre compte qu’au bout, après quelques kilomètres, il y avait une barrière et qu’il ma fallu reculer sur deux kilomètres avant de pouvoir faire demi-tour. Je vous raconterai ce petit village de montagne, entre deux pans de rochers et de mélèzes, qui disparait tous les ans quand la neige l’ensevelie jusqu’aux toits de pierres plates. Et que, lorsque la nuit tombe en même temps que les flocons, la moindre ombre qui se hâte près de nous, est peut-être le Drac qui vous cherche pour vous emporter dans l’autre monde. Il vous faudrait alors presser le pas dans la neige molle et complice pour aller frapper à la lourde porte de bois de cette maison de laquelle s’échappe une petit fumée sur le toit vous indiquant, qu’éventuellement, ici, il y a une hospitalité possible et pour vous rendre compte, une fois la dite porte close derrière moi, que c’est bien une Hadetta. Et là aussi, toujours dans ces gorges étroites, au détour d’un virage, vous vous trouvez nez à nez à une muraille phénoménale de granite faisant barrage devant vous et alors, ne pouvant aller plus loin avec la voiture vous la gardez là momentanément pour aller voir ce qu’il y a de l’autre coté de cette crête. Une fois là-haut, ce dégage à vous un paysage majestueux qui vous comblera jusqu’au plus lointain de vos futurs souvenirs.

J’en suis là.

Ce sont aussi des rencontres extraordinairement simples, entre des êtres humains, ne cherchant rien de l’autre. Des personnes que vous croisez quelques instants et qui sans s’épancher, il se passe simplement l’envie de partager ce moment ensemble et que l’un est autre, sans y penser un seul instant, verra le moment passer et que la vie sera dorénavant la même mais comme avant.

Une fin d’après-midi, je me trouvai à gravir les pentes du col du Tourmalet, en venant de Sainte-Marie de Campan. Le pourcentage de la route était phénoménal, déjà pour les cyclistes, alors imaginez un peu pour ma petit 4L. J’ai fait plusieurs haltes dans l’ascension pour laisser reposer la voiture et pour admirer par la même occasion le paysage, dans lequel il n’y avait, hors moi, pas âme qui ne vive. Je m’arrêtai une dernière fois juste en dessous du col, sur une sorte d’aire de stationnement. J’ai fait à pieds les quelques mètres qui me séparaient de ce lieu de passage d’un coté à l’autre. J’ai pris quelques photos pour immortaliser l’endroit et l’instant. Pas de « selfie », les égos-portaits n’étaient pas de mode à cette époque. De plus il me semblait évident que si je montrai une photo que j’avais prise d’un paysage, j’y étais puisque justement j’avais pris la photo. De nos jours y faut absolument prouver que l’on prend la photo pour être cru au risque de voir de moins en moins l’endroit où l’on est mais bon… et puis c’est surtout; moi ici, moi là, moi avec, moi sans etc etc. Comme il me semble que nous ne sommes nous pas plus important que la nature, je fais donc quelques clichés de cet environnement somptueux et je regagne mon automobile. La voiture démarre et je commence à monter les quelques mètres qui nous séparent du col quand tout à coup! La voiture cale. J’essai de redémarre. Rien ne se passe. Je recommence la manoeuvre de démarrage. Bon, quand il faut, il faut. Pas moyen d’y échapper il me faut me servir de la manivelle. Après quelques coup énergiques de manivelle et d’épaule endolorie, je me rend à l’évidence, ce n’est pas maintenant que je vais repartir. Sauf vers le bas si rien ne l’empêche. Moi qui était si proche de basculer sur l’autre versant. C’est juste la gravité qui allait m’empêcher de dormir ici à porté des cagots et des ours, encore nombreux à cette époque. Là, je devrai dire « Les gravités ». Il y a tout d’abord la gravité universelle qui nous maintient sur terre et, en ce moment même, la gravité de la situation. En effet, cela fait deux heures que je suis à cet endroit à prendre des photos ou à essayer de démarrer le moteur et personne n’est passé par là. Si par hasard, au cours de la manoeuvre qui va suivre je venais à verser dans le bas coté, sachez que ce bas coté se trouve environ 300 à 400 mètre plus bas, il n’y aurait personne pour ramasser mes restes, si ce n’est quelques vautours, nettoyeurs de nos montagnes. Je décidai donc quand même de faire faire, manuellement, demi-tour à la voiture afin de prendre la pente pour regagner la vallée en direction d’un habitat hospitalier. La nuit en montagne tombe vite et là, elle arrivait à grands pas. La voiture commence à rouler dans la descente. Je saute dans le véhicule et vogue la galère. Tout se passe bien. Bien, jusque’à ce que le route se retrouve à l’horizontale puis remonte un peu. Me voila, quelques instants où le véhicule roule dans un sens, en avant, puis dans l’autre, en arrière. Etc, jusqu’à l’arrêt complet de mon carrosse, loin de tout. Qu’importe. Je change de portières pour fermer totalement la voiture. Je ne suis pas trop contrarié puisque mon magnifique camping-car m’offre une habitation convenable.

On verra bien demain.

Demain, le soleil commence à percer le ciel puis à apparaitre au dessus des crêtes alentours.

Je prend une sorte de petit déjeuner et, à tous hasard, je tente un tour de clé de contacte.

La voiture démarre.

Alors là, pas d’hésitation possible, je tente le passage du col du Tourmalet.

Hourra ! Je suis passé de l’autre coté. La vallée, sur ce versant, ne ressemble absolument pas à l’autre. Je roule bon train vers Luz Saint Sauveur. Je traverse la petite ville en recherche d’une station service qui pourra éventuellement voir pourquoi le problème d’hier. Je m’arrête à la pompe. Un homme vient vers moi et me demande:

« Bonjour! Le plein du réservoir? »

« Bonjour M’sieur! Non, le plein des deux réservoirs. ».

Qu’elle ne fut pas sa surprise. Il constate alors que le véhicule n’est pas tout à fait comme les autres. On en discute un peu et je lui dis mon projet de ma transpyrénéenne. Je suis content, il ne me prend pas pour un inconscient, une sorte de hippie à joint. On parle pas mal.

« Pour votre problème, je vais mettre la voiture sur le pont et je regarde »…

« Bilan, votre voiture est vraiment vielle et le carbu est mort, je vais vous changer çà… ».

Là, je me dis que la facture va être plus dur à passer que le col du Tourmalet.

« Bon, voilà, jeune homme, ça vous fait 50F. Je ne vous compte que l’essence, je la paye, c’est tout ce que je peux faire pour aider votre aventure ».

« Merci M’sieur. C’est super gentil… »

Allez! Bonne route! »…

Un grand geste de la main au moment où la voiture démarre. Je prends la route qui monte vers le cirque de Gavarnie, là, je n’ai  pas le choix, c’est le bourdon ou le gave. Allez savoir pourquoi mais à ce moment là j’ai préféré le goudron que le gave. Surement l’instinct de survie. Je m’arrête quand même un moment à la hauteur du Pont Napoléon, pour le paysage et les photos. Je décide de reprendre l’auto. Elle ne démarre pas! Ha zut alors! J’abandonne tout sur place et me lance dans une randonnée pédestre sur le bitume. Je descends vers la station service de tout à l’heure pour lui expliquer ce qu’il se passe. Il prend sa dépanneuse, une Méhari Citroën et vient récupérer la voiture. Il l’a met sur le pont de sont atelier, observe un peu partout en bougeant truc de la main par ici ou en tapant sur une chose avec une clé pas toujours anglaise par là. Je dois reconnaitre qu’à cette époque je n’y connaissais rien en mécanique et les choses, malgré les année passées n’y ont rien changées. A près tout, ce que je demande aux voitures ce ne sont que trois choses; Un, qu’elles démarrent, deux qu’elles roulent, trois qu’elles s’arrêtent quand je veux et si possible dans cette ordre là. Je n’ai jamais eu que des voitures en break vitrés, je pouvais ainsi savoir de quel coté je mettais les valises et donc de quel coté se trouvaient les moteurs.

Il pioche dans des boites, en sors des petits bouts de tuyaux.

« Vos durites sont poreuses. Je vais vous les changer d’un bout à l’autre, comme ça, vous serait tranquille. ». Je vois l’homme s’activer dessous la voiture, plonger dans ke capot ouvert , dans une chorégraphie tout à fait étonnante et savamment répétée.

Voilà jeune homme… »

Merci M’sieur! Je vous dois combien? »

« Ben, rien gamin… Aller bonne route… ».

Après une chaleureuse poignée de mains, me voilà reparti vers mes aventures, direction Gavarnie et sont cirque.

Parfois, on fait de belles rencontres totalement désintéressées et cela fait du bien….

Mon voyage s’est déroulé dès lors tout à fait agréablement. Les cols ont succédés aux vallées profondes. Les ubacs aux adrets, les nuits en haute montagne, en nuit dans de petites villes dans lesquelles je me suis arrêté, à l’auberge et pris une chambre afin de profiter une fois de temps à autres du confort d’une vraie douche. J’ai rencontré comme ça au hasard des circonstances des gens ou, peut-être ces monstres légendaires dont je vous ai parlé au début.

Allez savoir…

Mais quand même, dans le Pays Basque, j’y ai croisé le Basajaun ( le Basajaun est une sorte de yéti de nos montagne, une espèce de monstre des bois qui sévi surtout dans la forêts d’Iraty où il y fait régner la terreur es.) Vous n’allez peut-être pas me croire mais, c’est dans cette forêt qu’il s’est manifesté. C’est justement dans cette étrange endroit que, sans l’avoir vraiment vu, je l’ai croisé. C’est bel et bien en Iraty qu’il  m’est arrivé cet accident. Je venais de passer Larrau où le ciel était déjà bas alors que l’altitude était , elle, haute, ce qui ne laissait que peu d’espace de visibilité. J’entrai alors dans la mythique forêt d’Iraty où je savais la présence possible du Basajaun. Peu à peu, la brume est venue envelopper la voiture. Je m’arrête et enlève complètement les portes et ne mettre que les chaines. Je roulai en aveugle le corps penché à l’extérieur pour essayer de voir si je ne m’éloignai pas trop de la piste. Je roulai au pas de l’homme ou de la bête.

Brusquement!

Un grand choc et la voiture s’immobilise net sur place.

C’est lui! J’en suis sur. Cela fait aucun doute, c’est sa forêt, c’est sont domaine. Je sens sa présence autour de moi. Je descend de la voiture pour voir les dégâts qu’il m’a occasionnait.

J’avance prudemment, j’aperçois la roue avant de ma voiture. Il faut dire que l’on y voit pas plus loin que le bout de son bras, c’est vous dire. J’avance encore un peu en restant sur mes gardes. Brusquement je stop net. Avec effroi je vois son oeil jaune percer la brume. Il est là. Je ne bouge plus. J’entend son souffle court percer le brouillard. Je perçois aussi le bruit de quelques pas dans cette nébulosité grise ainsi qu’une forme bestiale qui se dresse, debout comme un être humain. Je reste sur place, pétrifié, attentif à la moindre chose qui pourrait bouger. Quand tout à coup une voix déchire le voile opaque:

« Bonjour, vous allez bien? »

Bonjour, oui oui M’sieur. Ça va… »

Le Basajaun avait disparu mais j’en suis sur que c’est lui qui avait mis là, devant moi cette Citroën DS, en face de moi dans ce brouillard épais. Malgré nos phares allumés, nous ne nous sommes pas vu et le butoir proéminent de la DS est venu percuter le milieu de ma calandre. Quand on sait que dans l’axe de la 4L il y a le démarreur et la boite de vitesses puis le moteur, on devine facilement ce qu’il en est du résultat. Plus de démarreur. Il me faudra toujours me garer dans des rues en pentes ou alors user de la manivelle à tours de bras. L’autre conséquence, c’est que je me suis retrouvé avec une boite de vitesses à semi-bloquée, ne comportant plus que la marche arrière et la deuxième. C’est tout. Pas plus. Le BasajaunTRANSPYRENEENNE, malgré tout, m’avait eut.

Je regagnai, tant bien que mal Hendaye, but ultime de mon expédition. J’avais, nonobstant, réussi ma traversée Pyrénéenne, d’est en ouest. Je restai quelque jour dans la petit ville d’Ascain où j’avais des amis et de la famille, puis, fin de vacances oblige, il m’a fallu faire le retour jusqu’à Bordeaux. En 1974, il n’y avait pas l’autoroute et la route passait par toutes sortes de petites villes longeant la nationale 10, seule route internationale traversant l’Europe du nord au sud vers la fameuse « Puerta Del sol », jusqu’au Portugal et l’Afrique. Je vous garanti que l’été, cela faisait beaucoup de monde sur le bitume. J’ai fait tout cela avec une seule vitesse, la deuxième. Je vous jure que c’est long, très long. Avec une foule immense derrière moi qui donne du Klaxon en permanence, comme si cela pouvait rendre ma voiture plus véloce.

Arrivé enfin à Bordeaux et à ma grande surprise, un collègue de travail de mon père m’a proposé de me reprendre mon épave. L’étonnement passé, j’ai accepté et donc j’ai échangé mon splendide camping-car embouti contre deux bouteilles de cognac. Ma splendide 4L fourgonnette s’est vue transformée en remorque. Qu’elle triste fin pour elle mais quelle aventure j’ai vécue.

Je quitte des yeux la photo accrochée au mur, je me lève pour aller remuer les bûches dans la cheminée. Les flammes et les craquements attiraient mon regard, ils fixaient mon esprit dans les flammes qui montaient haut dans l’âtre.

Et puis les souvenirs sont partis.