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La journée avait été rude.
Tellement que je n’avais même plus la force de m’en souvenir.
Donc, plus qu’un chose à faire, s’écrouler dans le fauteuil rouge, Regarder les flammes dans la cheminée et écouter June Barcarolle (1945) avec With Everett Barksdale, Abie Baker, Bill Pemberton en sirotant un élixir sublime contenu dans une de ces jolies bouteilles posées à coté de moi sur le petit guéridon et laisser aller son imagination.
Mes yeux, hypnotisés par les danses rituelles des flammes dans l’âtre, m’ont poussées vers des contrées lointaines.
Il me semble bien que le soleil, à l’horizon, descendait inexorablement sur l’océan.
L’eau calme d’un soir d’été à l’étale devenait de plus en plus sombre, tenant au passage des couleurs orangées, jaunes ou violettes qui se mélangeaient parfois, donnant un spectacle multicolore, époustouflant, avec une chorégraphie aérienne opérée par des sternes éthérées dansant au gré du souffle crépusculaire de cette fin de journée d’août.
J’étais là, assis sur un vieux ponton de bois délavé par le vent et le sel marin.
Mes jambes trop maigres pendaient dans le vide, les pieds nus frôlant les petites vagues mourantes d’une fin de flux, l’esprit perdu dans les effluves alcoolisées de ma boisson.
Le ciel s’obscurcissait lentement et une brume naissante venait gommer le décor. Soudain, dans ce flou, j’ai vu une forme apparaitre, puis d’autres encore qui, décrivant dans des allers et venues étourdissants, des cercles se déplaçant par-ici ou ailleurs et qui se rapprochaient de moi.
Des petits cris stridents me parvenaient, comme des petits rires. J’ai fini par distinguer nettement la forme de plusieurs dauphins. Les bonds qu’ils faisaient hors de l’eau ajoutaient un plus à la danse des mouettes marines.
Allez savoir pourquoi et surtout ne me le demandais pas mais j’ai parlé aux marsouins comme si ils allaient me répondre.
Pourtant j’ai bien compris qu’ils entamaient avec moi une discussion qui dura un bon moment.
Il me semble bien que nous avons parlé de tout et de rien.
Une fois les présentations faites. Une fois qu’ils m’aient apprivoisé, la conversation devint plus intéressante.
Nous avons échangé longuement, sans que pour autant ils n’interrompent leurs danses.
La sympathie venant rapidement, ils m’ont invité avenir finir la nuit avec eux, dans les abîmes des flots infinis.
J’ai commencé par leur dire que je n’étais qu’un humain et que même si cela me branchait, je n’avais pas de branchies.
Ils m’ont dit que ce n’était pas vraiment le problème. Regarde! Nous s’est pareil, nous remontons à la surface pour respirer et mieux replonger.
Tu verras, c’est grisant.
J’ai rajouté que je ne savais pas très bien nager, que mon vieux corps n’était pas vraiment adapté à une navigation sous-marine sans même le bathyscaphe lui même et que ce n’était donc pas raisonnable.
Ils ont insisté avec une tel force de conviction que je me suis levé maladroitement pour leur expliquer ma difficulté évidente que j’avais déjà, à me déplacer sur terre… Alors sous l’eau, pensez donc….
Et merde !…
Plouf, j’ai glissé.
Me voila à me débattre comme un dauphin, dans un filet de pêche.
L’un d’eux me dit de m’accrocher à son aileron ce que je fit aussitôt machinalement.
Je filais à toute vitesse au milieu de ce banc de dauphin qui m’emmenait vers des profondeurs étourdissantes où nous fîmes la fête jusqu’à tard dans la nuit. Par moments, ils me ramenaient à la surface pour reprendre notre ration d’air et ramener dans nos yeux les étoiles qui nous servaient de lampions festifs au bal des marsouins.
Je crois que c’est au petit jour que je suis revenu sur les berges de mon fauteuil rouge.
Le vieux poste de radio fonctionnait toujours et me jouait encore du June Barcarolle (1945) avec toujours With Everett Barksdale, Abie Baker, Bill Pemberton.
Je me suis levé, je me suis ébroué vigoureusement.
Bon, au fait, il faudra que j’achète de la cannelle, sinon il n’y en aura pas assez pour replonger.
Demain je retourne chez les dauphins.
