41 l’école

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Il pleut et je marche les mains dans les poches.

J’ai la tête enfoncée dans le col relevé.

La pluie froide coule quand même sur mon cou.

Mon regard se pose à quelques pas devant moi.

Il ne faudrait pas que je glisse sur le pavé luisant.

Il pleut et je marche les mains dans les poches.

Le ciel est gris, il est de plus en plus noir.

Des ombres, uniformes, me croisent d’un pas vif.

Personne ne se voit mais tout le monde s’évite.

Il pleut et je marche les mains dans les poches.

Je tourne à gauche, dans la petite rue sombre.

Quelques lampadaires se balancent au gré du vent

Projetant des silhouettes tristes au sol brillant.

La rue tourne légèrement cachant les issues possibles.

Il pleut et je marche les mains dans les poches.

J’accélère le pas, peu à peu. Je coure maintenant.

Mon lourd cartable se débat sur mon dos.

Vite, vite, sinon je vais encore être en retard.

Ha voilà. J’y suis, devant la grosse porte du désarroi.

Il pleut et je marche les mains dans les poches.

De l’autre coté c’est l’enfer qui se referme sur moi.

J’y resterai la journée entière, jusqu’à la nuit revenue.

Je reprendrai la rue noire et la pluie froide du soir

Coulera à nouveau sur mon visage, dans mon cou.

Il pleut et je marche les mains dans les poches.

En attendant le soir, j’ai serré les points.

Il faut lutter dans cette jungle d’enfants sauvages,

De maîtres autoritaires, sadiques au possible.

Tenir. Tenir si possible jusqu’au soir.

Il pleut et je marche les mains dans les poches.

Ne pas pleurer. Non, pas une larme sous mes yeux.

Tenir et attendre la sortie pour sentir couler, froide,

Non, pas une larme amer mais la pluie froide sur ma joue.

Tenir. Tenir jusqu’à la sortie, jusqu’au soir.

Il pleut et je marche les mains dans les poches.

Je presse le pas pour rentrer à la maison.

Le vieux poste de radio de la cuisine me jouera

« Mile Davis – Ascenseur pour l’échafaud ».

Mais là, la pluie froide  me glace jus’à l’os.

Il pleut et je marche les mains dans les poches.

La rue est encore là, l’école aussi, et toujours triste.

Je ne coure plus depuis déjà bien longtemps

Et j’ai quand même versé, des fois, quelques larmes.

Déjà 70 ans qu’il pleut et que je marche les mains dans les poches.