4 La vielle église

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Alors que j’étais descendu au bourg, je ne sais pas vraiment pourquoi d’ailleurs mais l’autre jour j’ai poussé la porte dune vielle petite église. Si, en fait je sais pourquoi. Le ciel gris uniforme était bas. L’après-midi était bien avancé et la journée passée chez un ami caviste à essayer de choisir quelques petits vins délicieux pour finir l’année m’avait un peu chaviré l’esprit. Le vent froid de décembre me mordait les oreilles et le nez malgré le col révélé et les mains au fond des poches.

Les gants me réchauffaient bien un peu les doigts mais s’était limite. Il me fallait faire une pause quelque part mais où dans ce village perdu d’un piémont déserté. Il y a bien cette église ouverte  qui me semblait un refuge provisoire.

Je pousse la lourde port et j’entre.

Il régnait, sous les hautes voûtes de la nef, un silence assourdissant. Mes pas résonnaient sur les grandes dalles de granit au sol. La pénombre n’était transpercée que par de rares vitraux colorés. Ils racontaient aux gens, d’autrefois, des histoires à vous dire ce qui devait être le bien ou le mal.

Déjà à cette époque il était indispensable qu’on vous dise ce que vous deviez penser. De nos jours, plus besoins de venir dans les église, les vitraux ont étés remplacés par la télévision d’information.

Je me suis assis un moment pour regarder la bâtisse et ses ornements. La décoration est sobre mais explicite.

Des prie-dieu, des bancs au parterre pour y mettre les femmes et dans les balcons, des chaises pour les hommes. On ne mélangeait pas à cette époque. Aux murs, de petits tableaux racontant les supplices un indépendantiste palestinien, je «croix».

Un confessionnal où les croyants venaient raconter toutes les méchancetés qu’ils ont proférés et les mauvaises actions commises avant de repartir en commettre d’autres. Il n’y avait personne dans cette petite église. Je suis resté là un moment et je me suis levé dans ce silence oppressant. J’ai commencé à faire le tour de l’église pour en admirer l’architecture. Au passage j’ai évité le bénitier, sachant que l’eau et mes vapeurs d’alcool ne feraient pas bon ménage. Je suis remonté vers le choeur, à la croisée même des transepts et de la nef. Là, sous la voûte, un bonhomme très peu vêtu me regardait bizarrement. Il faut le dire, qu’il me toisait de haut sous prétexte qu’il avait sur la tête une couronne mais moi je m’en fous totalement de son diadème. Il écartait quand même les bras, un peu comme s’il voulait m’accueillir. Je ne suis pas totalement de mauvaise humeur tous les jours alors je lui ai dit « -Bonjour! Ca va? ».

J’ai alors ressenti comme une sensation étrange.

Quelque chose l’allait pas vraiment, mais quoi? 

Un malaise curieux qui s’est emparé de moi.

Je ne sais pas comment c’est venu mais il a bien fallu me rendre à l’évidence, il se passait quelque chose de pas normal.

Ce n’est quand même pas l’endroit qui y était pour une part quand même?

Je n’ai quand même pas vécu libre jusqu’à cet âge avancé pour me mettre, non pas à croire mais pour le moins à douter..

Toujours est-il qu’une impression étrange m’a fait pencher la tête, un peu comme lui, là-haut sur ses planches. Alors, doucement, devant lui, j’ai baissé les yeux humblement vers le sol.

Et à présent, ce n’était plus un sentiment.

C’était évident maintenant. Il me fallait voir la vérité en face. Je n’ai pas pu faire autrement que de me plier en deux. De mettre un genou à terre.

Mon impiété était mise à mal devant cette révélation. Il a fallu me rendre à l’évidence.

J’ai accompli l’acte qui m’était dédié de faire.

Plus tard, je suis sorti de l’église et en entrant chez moi, je me suis assis dans ce bon vieux fauteuil rouge devant les flammes de cet enfer de cheminée. J’ai écouté sur mon poste de radio: Big Daddy Wilson – Walk A Mile In My Shoes.

J’avais été mis devant le fait. C’est implacable, quelque soit le lieu. Il n’y a que dans cette position, à genou, que l’on peut refaire normalement ses lacets.

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Note : 1 sur 5.