3 La citadelle imprenable

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Depuis plusieurs jours, la neige qui tombe devant ma porte m’a obligé à rester chez moi.

A midi deux, quand je me suis levé pour aller manger, je suis passé par le grenier. Il y avait là, en vrac, sous la poussière des années passées, quelques objets hétéroclites, comme des vieux meubles, des bibelots, des cartons empilés etc.

Allez savoir pourquoi, j’en ai ouvert un. Dedans, des livres et des cahiers d’écolier, les miens. J’ai pris le carton et l’ai descendu au séjour.

Je me suis assis dans mon vieux fauteuil rouge et je l’ai posé à mes pieds.  J’ai attisé le feu dans l’âtre pour que les flammes remontent haut dans le manteau noir. Une douce chaleur a envahie la pièce. Le poste de TSF, depuis son repaire me jouait: « Caravan (Ellington) – Drum-Battle Charly Antolini, Wolfram Kellner, Paul Höchstädter, Thilo Wolf ».

J’ai ouvert avec un petit pincement au coeur le carton fermé sur mon passé d’écolier. J’ai pris les cahiers et les livres , comme çà, sans un ordre précis. J’ai ouvert l’ouvrage d’histoire datant de ma scolarité, en primaire. Dans le livre, on y racontait ce qui avait forgé ma France à grand coups de guerres, de disettes, d’épidémies et d’oppressions. Brusquement, une page s’est ouverte sur le moyen âge. On y voyait un château fort aux hautes murailles épaisses, un de ces fiefs imposant, imprenables.

Des soldats, du haut des remparts, lançaient des flèches à tout va. En bas, juste avant les douves, d’autres soldats, ennemis ceux-là, comme ceux d’en haut en fait puisque l’ennemi c’est toujours l’autre, attaquaient l’enceinte avec leurs bombardes et autres armes de guerre.

Soudainement, un sergent hurla:

« –Allez les gas, en avant! Courage, on les aura! Attaquez moi cet ouvrage! Il doit céder! ».

Les coups des Canons effrayaient les chevaux des chevaliers qui chargeaient l’épée à la main et le bras levé vers les créneaux. Le bruit de la poudre qui éclatait dans les couleuvrines était assourdissant et couvrait les cris et les râles des soldats mourants. La fumé épaisse masquait l’horizon, on ne voyait presque plus les murailles. Les hurlements des charges répétées nous poussaient à l’assaut de la fortification. Le siège de la citadelle durait depuis plusieurs semaines et nous en étions sur, elle allait tomber aujourd’hui. Le château n’était pas ravitaillé depuis trop longtemps pour tenir plus. Nous savions que la caravane qui devait amener vivres et renforts était en chemin, il ne fallait pas attendre plus longtemps.

Le même sergent cria à nouveau:

« C’est aujourd’hui qu’il tombe. Allez! Encore quelques assauts comme çà et on y arrive! ».

Tout à coup, une énorme explosion a retenti projetant dans l’air des pierres et des poutres dans un nuage de fumée et de feu. La porte d’entrée de la barbacane avait sauté et moi aussi! Un choc violent me fit sursauter tout autant que mon porte plume.

Une énorme main grasse venait de s’écraser sur mon pupitre.

« Monsieur MARZAT! … Alors! … On rêvasse encore pendant les cours? … Au coin et vous me copierez pour demain 250 fois: Je ne refais pas l’histoire de France pendant les cours».

C’est pas possible, j’ai dû être trahi par un scélérat.

La caravane finira par arriver et l’assaut reprendra à la prochaine leçon d’histoire.

Voilà comment se passait mon enfance dans ces geôles scolaires où la punition était, pour eux, la seule façon de nous dresser.

Je me suis resservi un de ces petits vins liquoreux qui trônait là, sur la petite table ronde et tout en le sirotant, j’ai repris le livre d’histoire.

Alors que la lourde porte avait sautée, des trompettes et des roulement de tambours annonçaient à la fois la charge de la caravane et le replis des assaillants.

Le château avait tenu.

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Note : 1 sur 5.