13 J’ai un peu vieilli ces 80 dernières années

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C’est vrai que j’ai un peu vieilli ces 80 dernières années.

Et l’autre jour, comme tous les jours depuis que je ne sors plus de chez moi,

C’est ma tête qui voyage à la place des mes jambes.

Vous savez, je ne me plains pas pour autant.

À mon âge, il suffit de pas grand chose pour que je parte droit devant.

Alors, pourquoi je me souviens…

Allez savoir

C’est vrai que j’ai un peu vieilli ces 80 dernières années.

Par moment, quand la mémoire me reviens je me rappèle de mon passé.

Et quand c’est le cas je me raconte ma vie comme si c’était maintenant.

Tenez, il n’y a pas si longtemps que cela, un matin ou bien peut-être un soir.

Mais, bon sang, c’était quand?

Allez savoir…

C’est vrai que j’ai un peu vieilli ces 80 dernières années.

En tous cas, j’étais assis dans mon vieux fauteuil rouge avec, comme toujours.

À mon coté, le petit guéridon sur lequel il y a mon verre et quelques bouteilles de bons vins ou alors des liqueurs qui aident bien aux rêves.

Là, je ne sais plus ce que c’était mais à quoi bon puisque le résultat est là.

Est-ce que cela est vraiment important?

Allez savoir…

C’est vrai que j’ai un peu vieilli ces 80 dernières années.

En face de moi, la cheminée ronronnait plus fort que le chat et donnait aux objets des formes dansantes sur les murs aux rythmes des flammes qui montaient dans le manteau.

La douce chaleur du feu sur ma peau et celle du vin dans ma gorge me faisait me sentir bien.

Il n’en fallait pas plus pour que le voyage commence vers une destination.

Ah oui, mais laquelle?

Allez savoir…

C’est vrai que j’ai un peu vieilli ces 80 dernières années.

En définitive, c’est mon ancestrale poste de radio qui ma guidé dans mes souvenirs.

Aujourd’hui, pour une fois, ce n’était pas du jazz qu’il me diffusait.

Il avait  choisi une musique douce, surement pour épargner ma vielle carcasse, un peu rouillée.

Pourquoi cette berceuse basque que j’entendais dans ma lointaine enfance: « Haurtxo ttipia »

Allez savoir…

C’est vrai que j’ai un peu vieilli ces 80 dernières années.

C’était si loin, alors j’ai repris un petit verre patxaran qui va bien avec la musique. 

Et puis les souvenirs sont arrivés bien vite, un peu mêlés les uns aux autres mais ils étaient tous là.

Il y en avait de toutes les époques de ma vie, aussi bien de quand j’étais dans cette petite ville de province, si loin, que du temps passé là-haut dans les montagnes basques.

Pourquoi je me souviens de cette fois où je montais dans cette auberge perdu au-dessus des fougères.

Allez savoir…

C’est vrai que j’ai un peu vieilli ces 80 dernières années.

Il y avait, perché au pied d’un sommet, caché entre les hautes herbes et la foret, juste à la lisière, une petite auberge faite de pierres sèches, de bois et quelques tuiles pour le toit.

Ici, n’y électricité, ni eaux, tout arrivait à dos d’ânes mais l’on y trouvait tout ce que l’on voulait et Je l’avais découverte par l’initiation d’un berger du coin qui servait de guide pour touristes.

Mais pourquoi à moi?

Allez savoir…

C’est vrai que j’ai un peu vieilli ces 80 dernières années.

Il m’avait, par les détails, montré tous les chemins invisibles sous la fougère et appris d’en changer tout le temps, dès fois qu’il y ait un douanier, planqué par là.

En semaine, on pouvait y rencontrer des bergers venus là pour s’y retrouver, boire ensemble à l’Euskadi et aussi pour les produits de contrebande défiants toutes concurrences.

J’avais été présenté et, sans pour autant être des leurs, je les fréquentai sans qu’ils n’aient la moindre retenue.

Mais pour quoi moi?

Allez savoir…

C’est vrai que j’ai un peu vieilli ces 80 dernières années.

J’y ai appris la méfiance et en même temps la confiance.

Celle que l’on retrouve dans les portes des fermes de ce pays, qui s’ouvrent en deux parties, une parie basse et une autre haute.

Si vous arrivez, le morceau de porte du haut s’ouvre et c’est tout si vous n’êtes pas ami.

Par contre si vous l’êtes, le bas s’ouvre et vous invite à entrer, vous êtes le bien venu.

Mais comment je sais tous ces secrets?

Allez savoir…

C’est vrai que j’ai un peu vieilli ces 80 dernières années.

L’auberge de montagne s’appelle « Ysolha » et l’autre jour, après un belle montée rapide, j’ai ralenti en arrivant car j’entendais des chants, un peu comme celui-là.

J’ai poussai le haut de la porte et comme par magie, les chants ont cessés brusquement.

J’ai poussé la partie basse pour entrer en émettant un « Égun on ».

Pourquoi les yeux qui me regardaient m’ont souris.

Allez savoir…

C’est vrai que j’ai un peu vieilli ces 80 dernières années.

J’ai commandé un petit patxaran et j’ai rejoint les six bérets qui venaient de reprendre la berceuse.

Ensuite, ils ont entamé bien d’autres chants qui vous font profondément vibrer.

J’ai savouré, avec un petit plaisir immense au coeur, le bonheur d’être là avec eux.

Pourquoi, bien que je ne connaisse que quelques mots de cette langue, j’en ressentais la puissance d’un pays.

Allez savoir.

C’est vrai que j’ai un peu vieilli ces 80 dernières années.

J’ai entendu là, dans cette petite auberge de montagne basque, les plus beaux chants d’un peuple.

Ils venaient de l’âme même des bergers qui s’offrent une petite pose et des chants pour vivre ensemble.

J’ai souvent mesuré le privilège que j’avais de se partage privé.

Pourquoi cela s’est produit à chaque fois que j’y suis monté seul.

Allez savoir…

C’est vrai que j’ai un peu vieilli ces 80 dernières années.

Et puis, je suis là, perclus dans ce foutu fauteuil rouge, un patxaran à la main devant une cheminée à écouter mon passé.

Mais qu’importe, maintenant, et au moins dans ma tête, je suis sur les pentes de cette montagne pour aller chercher ma contrebande.

Je vais retrouver mes bergers et ma ration de chants.

Je vais une dernière fois à la rencontre de ma jeunesse.

Vous allez savoir.

j’ai 20 ans et je cours dans les fougères.

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Note : 1 sur 5.