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  • 21 Aujourd’hui, c’est mon anniversaire… Et alors?

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    Aujourd’hui, c’est mon anniversaire… Et alors?

    Ce matin, très tôt, vers 11h55, je me suis levé pour aller au salon. Pour moi, c’était un jour comme les autres, rien d’inhabituel. C’est vrai. Je me suis écroulé dans mon bon vieux fauteuil rouge.

    Un bras ballant pendant lamentablement vers le sol tandis que l’autre tentait de maintenir le plus stablement possible et à l’horizontal, mon verre qui faisait le voyage entre la petite table ronde située, à coté de moi, sur laquelle se trouvaient des liquides désirables, jusqu’à mes lèvres pour déguster ces liqueurs divines sans mettre à terre la moindre goutte.

    Aujourd’hui, c’est mon anniversaire… Et alors?

    Les yeux à demis clos, je regardai vaguent, au-dessus des bûches qui craquaient dans la cheminée, des flammes qui animaient un peu mon environnement et en dansant elle faisaient bouger mon décor. Je ne sais pas comment j’ai fait mais j’ai réussi à regarder l’heure à ma montre sans rien renverser. Encore un exploit qui restera dans l’oubli. Il est en ce moment, je ne sais plus et des boulettes. J’entend Wynton Marsalis -Happy Birthday- sur mon ancestral poste de radio et cela me renvoi bien loin en arrière.

    Aujourd’hui, c’est mon anniversaire… Et alors?

    Il y a des dizaines d’années. Je ne suis pas encore né. C’est juste le moment où je vais faire une entrée criante dans ce monde. Je suis arrivé ici un dimanche soir, au alentour de 23h50, à l’heure d’aller au lit. C’est un signe non? C’est vous dire la prédestination que j’ai, dès le départ, pour la procrastination, la paresse et autres fainéantises. Je me recompte que sans le vouloir, instinctivement, je me suis évertué tout au long de ma vie à en faire le moins possible et je compte bien continuer encore un bon moment. C’est, me semble-t’il, ce que je réussi de mieux à faire.

    Aujourd’hui, c’est mon anniversaire… Et alors?

    Tenez, pour vous donner une idée de mon aversion pour le boulot, c’est que, déjà, le jour même de ma naissance, je n’ai rien fait. C’est ma mère qui a fait tout le travail. Et tout au cours de ma vie je n’ai jamais travaillé le jour de mon anniversaire, poussant même l’excellence dans ce domaine, à toute ma scolarité. Vous pouvez vérifier en consultant mes bulletins notes, ceux-la provocant par là même occasion, la reconnaissance de mes maîtres et celle de mes parents:

    « –Cet enfant ne fait rien! Il ne travaille pas!

    -Ne fait pas li moindre effort ».

    C’est en gros, la seule bénédiction que j’ai reçu de la part de mes contemporains. Delà à en faire des ex-votos, il ne faudrait pas exagérer tout même. 

    Aujourd’hui, c’est mon anniversaire… Et alors?

    Ceci dit, au grand dam de mes parents, de ma famille sens large et du corps enseignant, j’ai réussi tous les examens que j’ai scolairement passé, même en candidat libre. Je suis bardé de diplômes. Je n’ai, Dieu merci, pas eu de « mentions Â». Celles-ci étant le degré de soumission à la hiérarchie en place. Cela n’a pas servi à grand chose pour la reconnaissance. À l’armée, cela a été pareil. Je n’ai quasiment rien fait, la preuve, je n’ai pas eu grade. J’ai eu des encouragements de leur part puisque, pour être certain que je ne ferais rien, ils me mettaient régulièrement au trou. C’est vous dire. La seule marque d’affection de la part de la « Grande Muette Â» c’est qu’ils m’ont gardé presque un mois de plus. 

    Aujourd’hui, c’est mon anniversaire… Et alors?

    Cela m’a poursuivi tout au long de mes années de labeur alimentaire. Je me souviens assez facilement d’un camarade de travail qui, tout les ans, à la même date vérifiait si mon patron m’avait accordé un repos le jour de mon anniversaire. Je ne m’occupai de rien, le camarade s’en chargeait. Je pouvais dormir tranquille, il venait travailler à ma place. Je ne le remercierai jamais assez, il m’a bien aidé à ne rien faire, ou du moins, le moins possible. Aujourd’hui, où je suis mon propre patron je peux gérer ces longs moments de temps libres à ma guise, comme par exemple…

    Aujourd’hui, c’est mon anniversaire… Et alors?

    Je suis donc là, avachi dans le fauteuil rouge regarder les flammes tout en écoutant du jazz qui sort d’un vieux poste de radio. Je suis dans l’attente de voir à quel moment je ressentirai l’étrange sensation du changement d’âge. Qu’es-ce qui va se passer quand , brusquement, je prendrai un an de plus. Cela fait presque un siècle que le poursuit cette étude du vieillissement brutal sur le corps humain et je ne ressens absolument rien. De là a dire que je sois, soit inhumain ou alors surhumain…

    Aujourd’hui, c’est mon anniversaire… Et alors?

    Il va y avoir toute la journée et même au-delà pour ceux qui ne sont jamais à l’heure, des gens que je connais ou pas, qui vont me téléphoner où me poster un Â« joyeux anniversaire Â».  À quoi bon, je ne bougerai pas de la journée. Je ne décrocherai pas le téléphone. Ne vous vexez pas mais de la même manière que je suis assez grand pour me tromper tous seul, j’ai bien l’âge de me souhaiter un an de plus. Je vais dès demain reprendre au ralenti mes activités familières en attendant tranquillement un an car…

    Dans un an, ce sera anniversaire… Et alors?

  • Les mains de la vieille dame

    Ce matin, j’ai quitté mon fauteuil rouge , j’ai poussé deux bûches contre les chenets. J’ai tiré le rideaux de la petite fenêtre, je suis sorti et tourné la clé de la porte.

    Le chemin se frayait un passage dans la petite brume du matin. Je longeai le bois au feuillage obscure et noir où les monstres m’attendait surement, j’accélérai donc le pas.

    Et là-bas…

    Les mains de la vielle dame qui tremblaient.

    J’arrivai déjà à l’entrée du bourg où il avait un parc assez grand pour s’y sentir seul. J’ai décidé de le traverser pour aller au plus vite chez ce copain qui possédait quelques vins fins qui regarniraient ma cave. Sur le décor noir que forment le parc, quelques bancs s’alignaient géométriquement et sur l’un d’eux, une silhouette se dessinait et je pouvait deviner, là-bas…

    Les mains de la vieille dame qui tremblaient.

    Plus je m’en approchai, plus une musique se faisait entendre. C’était une aubade entrainante, à la fois gaie et triste comme celle de la Nouvelle-Orléans. Celles des fêtes et celles des enterrements. Un groupe de musiciens marchait à pas lent et saccadés au rythme de leurs partitions.

    Et la bas…

    Les mains de la vielle dame qui tremblaient.

    La fanfare s’est mobilisée devant le banc occupé. Le regard de la vielle dame ont lentement quittés le vague pour fixer la clique. Le sourire s’est emparé de son visage illuminant ses yeux. Sa mémoire s’est soudainement activée et une folle remontée dans le temps s’est opérée.

    La musique, les rythmes envoutants. le passé revenu.

    Elle battait la mesure.

    Les mains de la vielle dame qui tremblaient.

    Elle revivait maintenant sa vie d’avant.

    Celle où elle était jeune,  belle.

    Celle où tout bougeait autour d’elle.

    Celle où tout son avenir l’attendait

    Celle où tout était envisageable, possible.

    Celle où elle battait la mesure. 

    Les mains de la vielle dame tremblaient.

    Un peu à l’écart, je me suis arrêté. 

    L’orphéon lui a joué quelques air de son enfance.

    Tous entrainant ses souvenirs dans sa tête sombre.

    Je suis certain qu’à un moment la vielle dame se serait levée. Qu’elle allait danser avec le jazz-band.

    Je sui sûr qu’elle avait vingt ans à présent.

    L’âge où elle battit la mesure.

    Les mains de la vielle dame tremblaient. 

    Et puis, inexorablement, la formation a repris son pas cadencé et la vielle dame s’est retrouvée toute seul, assise sur son banc. Ses souvenir se sont irrémédiablement immobilisés la laissant là. J’ai deviné ses vieux yeux cernés de rides profondes perdre leur éclat.

    Son regard s’est éteint, son visage s’est fixé dans une pose tragique.

    Elle tremblait la mesure.

    Les mains de la vielle dame tremblaient. 

    C’était fini, elle ne se souvenait plus de rien. De son passé, elle ne se rappelait plus et le vide dans sa tête s‘est fait.

    Elle était figée sur son banc dans ce petit matin matin froid de brume. 

    Des gens, passant par là et la voyant comme çà se sont arrêtés. Une ambulance est venu chercher la vielle dame immobile. Sans plus de vie en elle est partie.

    La vielle dame ne battait plus la mesure.

    J’ai repris ma route dans le grand parc vide,

    Et là, définitivement,

    Les mains de la vielle dame ne tremblait plus…

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  • La maison sur le port

    La maison sur le port

    Je suis rentré chez moi avec, non pas de la tristesse mais une sorte de mélancolie, une certaine nostalgie.

    J’ai bien fermé la porte sur moi comme pour me protéger d’un avenir arrivant violemment.

    J’ai tiré le rideau épais de la petite fenêtre pour ne pas laisser entrer les lumières aveuglantes de demain.

    J’ai attisé les deux bûches qui gisaient dans l’âtre, réveillant ainsi leur passé qui les consumait.

    L’immémorial poste de radio me rengainait un ancien air de mon enfance.

    Ce n’était pas, pour une fois, du jazz, quoique. C’était un fado que j’écoutais minot dans la cuisine de ma mère quand je rêvais déjà et qu’Amália Rodrigues dans la maison sur le port me fabriquait un univers que je construisais avec mes images.

    Je me suis écroulé dans le vieux fauteuil rouge.

    J’ai saisi un verre ampli de vin chaud à la cannelle que je sirotais, lentement, en regardant les flammes danser dans la cheminée.

    Bien cloîtré dans mes murs, j’ai repensé à ma journée où j’étais descendu en ville.

    Je suis passé, sans le vouloir, par les ruelles dans lesquelles mon enfance, en grandissant, s’évaporait.

    Les façades des maisons avaient changées. Les maisons elles mêmes n’était plus là et d’autres avaient été bâties effaçant pour toujours mon commencement.

    On avait supprimé mes jeunes années et je ne reconnaissais plus rien.

    Il n’y avait plus l’ombre d’un enfant courant en culottes courtes trop larges sur des genoux cagneux et le cartable au bout d’un bras trop maigre.

    Pas même des cris ou des rires troublant la sévérité austère et répressive des commerçants au regard noir.

    Plus rien, il ne reste plus rien que dans la tête cette jeunesse définitivement perdue.

    Les yeux dans le vagues je fixais la cheminée et les flammes jaunes et vertes qui dessinaient et faisaient vibrer les ombres de mon décor. Je songeais à cette période de ma vie, à mes copains, aux batailles fictives qu’immanquablement on gagnaient. Les coudes écorchés ou tibias ensanglantés des guerres chevaleresques que l’on menait et dont on sortait meurtri. Une fois à la maison c’était dans un état lamentable que l’on rentrait, complètement cabossé et les vêtements déchirés. Je ne vous raconte pas les routes que les parents nous infligés. On ne bronchait pas, juste les bras protégeant la tête. Il fallait rester lucide pour reprendre la guerre demain car ils vont remettre ça. C’est certain et on se rebattra encore. On en sortira encore une fois cassé mais vainqueur.

    Je pensais à cela avachi dans le vieux fauteuil rouge. Je gisais fourbu de ma sortie sans avoir livré, cette fois le moindre affrontement. Bien entendu, j’ai livré tout au long de ma vie des combats mais rien à voir avec ceux de mon enfance, pour autant que je m’en souvienne mais voilà.

    Mes souvenirs n’était plus là.

    Je n’ai plus l’âge de mon enfance.

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