9 Le repas du soir

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Alors que je me trouvais un peu assoupis, en tout cas pensif, dans mon bon vieux fauteuil rouge devant  l’âtre en feu, j’écoutais le vieux poste de radio sur l’étagère, un peu plus loin. Il accompagne  mes rêves depuis bien longtemps et ce soir c’est avec –Bix Beiderbecke dans Singin The Blues-  que je songe.

J’ai surement dû vous raconter les rues noires et mal éclairées, les soirs pluvieux d’hivers, quand je rentrai de l’école?

Oui forcément …

À la nuit tombante, je sortais, les soirs d’automne et d’hiver, de cette école public comme on sort de prison. La grande porte  sinistre s’ouvre et poussé par un flot d’enfants je suis enfin libre pour la soirée. Je me retrouve sur le trottoir, seul sous la pluie froide qui vous coule dans le cou et vous fait frissonner de la tête aux pieds. 

Il est déjà tard car je suis resté une heure de plus à l’étude, mes parents ne pouvant m’accueillir plus tôt. Je longe les murs noirs de l’école et des maisons. La pluie mouille mes yeux. Il pleut et je n’y vois goutte. Le lampadaire d’un autre temps, qui se balance au bout de son fil au rythme des bourrasques de vent, projette mon ombre ou celle des passants sur le mur et les fait danser comme des gnomes. Je suis à peine sortie de cette geôle enfantine que déjà ils sont là, à me poursuivre dans cette obscurité propice aux agressions sanglantes. Je ne suis pas peureux mais il n’est pas questions pour moi de prendre des risques alors j’accélère le pas. Je manque de glisser sur les gros pavés mouillés et me je redresse de justesse. Je ne me retourne pas, surtout pas. Je vais les semer pour sur, il ne peut pas en être autrement. Il n’est pas question que je leur dise où sont planqué les diamants et les émeraudes. Le butin est à moi et à moi seul. Les périls de cette conquête, je ne les ai pas vécus, affrontés, pour les laisser à d’autres… Ha non alors! Je me suis battu sanguinairement aux récréations gagner ce butin et le garder jusqu’à la sortie. Les luttes ont étés terribles. J’ai résisté aux multiples attaques et ruses adverses. Je n’ai pas fais cette journée de prison surpeuplée avec ces gardes chiourme pour craquer et parler.

Ha ça non alors!

J’en suis presque à courir avec mes maigres jambes aux genoux cagneux qui parfois s’entrechoquent. Mon cartable au bout du brasse balance et me déséquilibre et m’envoie au sol. Comme par hasard je tombe dans une flaque d’eau. Je suis trempe et surement écorché mais il n’y a rien à faire, je ne céderai pas. Je me relève et reprends ma course folle. J’ai certainement perdu du temps et du terrain. Il se rapprochent. Vite, repartir. 

Premier carrefour, je vire à droite en vitesse et tourne rapidement la tête pour vérifier que je les ai bien semé. Qu’il n’y ait plus personne derrière moi. Il n’est pas question de se faire filer le train et de dévoiler ma planque.

Non, personne, je suis enfin seul mais toujours plongé dans la pénombre vacillante au gré du vent et de la pluie froide. Je ralenti et me mets à marcher, toujours épiant d’éventuels espions. J’emprunte maintenant la petite ruelle qui mème à mon refuge. C’est là, qu’en arrivant, essoufflé, haletant mais vainqueur, que je vais, enfin, peut-être pas avouer mais pour le moins me mettre à table:

-« Bonjour Maman! Qu’est-ce qu’on mange ce soir? »

Allez, je remets une bûche en place.

Bonne nuit, quand même.

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