36 Les vautours maintenant !

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Je dois l’avouer, c’est complètement épuisé que je suis rentré chez moi.

Je me suis installé, un peu comme d’habitude, à savoir dans le vieux fauteuil rouge, bien en face de la cheminée que j’avais réapprovisionnée en bûches et dont les flammes montaient haut dans le manteau.

J’ai allumé l’antédiluvien  poste de radio calé sur une non moins vielle station diffusant un jazz ancestral, là, c’était: « Deep Down Soul – Shirley Scott with Stanley Turrentine ».

J’ai fermé les volets et la pénombre s’est faite dans la pièce, juste la lueur du feu craquant.

J’ai tiré la petit table ronde près de moi, bien à portée de la main.

Dessus, j’y ai mis deux verres, au cas où, tout à possible, d’un copain qui viendrait à passer par là. À coté des gobelets, j’ai positionné quelques bonnes bouteilles de crus divins et je me suis effondré dans le fauteuil en me laissant aller au rythme lent de la musique.

Je repensai à ma journée dehors, à lutter contre les éléments hostiles.

Vous allez encore dire que j’exagère mais Il faut quand même que je vous dise que j’avais décidé d’aller voir un ami qui possède une de ces caves… Vous savez, celles où l’on y rencontre quelques uns de ces liquides tellement délicats au palais, dans une atmosphère sombre pour que la lumière ne vienne à aucun moment troubler la tranquillité de ces précieuses boissons.

Bon, comme il n’habite quand même pas à coté mais pas suffisamment trop loin non plus pour prendre l’automobile, j’ai enfourché ma bicyclette. C’est un de ces vieux vélo non nucléaire, elle n’est donc pas électrique et donc pas polluante non plus.

J’ai commencé par donner quelques coups de pédales, le chemin qui longeait la forêt étant plat, tout allait bien. J’avançai à une allure qui me semblait tout à fait raisonnable. Trop vite, il en était hors de question. J’allais discuter et boire. Je n’étais pas sorti faire une course cycliste et puis, le chemin était quand même long jusqu’au chai…

Maintenant, le coup de pédale était bien moins franc sur la manivelle, sans compter, qu’au bout d’un moment, en entrant dans le bois pour le traverser, le sentier tout en étant tortueux, n’était qu’un sentier cahoteux avec tant d’embûches du genre, racines trompeuses ou cailloux vicieux, branches basses agressives qui venaient tenter de me faire trébucher et tomber à terre, dans la fougère et le ridicule.

Bref, au bout d’un moment pénible, au regard bucolique d’une sortie en sous-bois à l’automne roux-flamboyant, je suis sorti de cette espèce de breuil et j’ai gagné la route, beaucoup plus plate.

Enfin, quand je dis plate, j’entends par là qu’elle est horizontale, ou à peu près, dans le sens de la largeur car pour ce qui est de celui de la longueur… C’est autre chose…

Je dois vous avouer que je suis entouré, non pas de montagnes, ce serait prétentieux  mais pour le moins de collines toutes plus ou moins hautes les unes que les autres.

Par chez moi, on ne voit jamais l’horizon.

Et là, pour passer de l’autre coté, ça monte. Je dirai même que ça monte dur avec des virages à n’en plus finir. Plus je montai, plus cela m’était difficile, à tel point que je me suis senti obligé, après des tonnes d’efforts puissants et quasiment vains, de me mettre debout sur les manivelles, en danseuse comme le veut le jargon de la pédale.

Malgré cela, je voyais bien que je n’avançai pas beaucoup plus vite et que la route devant me paraissait toujours aussi longue. Il fallait bien me rendre à l’évidence, j’étais entrain de mettre les pieds dans le dur.

J’avançais si peu vite que j’en zigzaguai et que par conséquence, non content d’être fatigué, la route devenait plus longue.

Un coup lent et malgré tout puissant sur la pédale à droite et l’ensemble de l’équipage basculait vers la droite. Mon propre poids plus celui de la machine me propulsait à droite. Il me fallait alors  un effort surhumain pour, non seulement rester en équilibre sur la bicyclette mais aussi appuyer tout aussi fort sur la manivelle opposée pour envoyer l’énorme masse en mouvement dans l’autre sens et repartir vers la gauche. Il en allait ainsi de ce va et viens sans que j’aimais je n’ai eu l’impression de vraiment avancer dans cet enfer.

J’étais en fin de compte, entrain de vérifier le contraire de cette vielle théorie qui dit que, plus tu pédales moins vite, moins tu avances doucement.

Comment vous dire, vous faire comprendre à quel point je n’avançai pas vite.

Il me semblait que moins vite, je serai tombé au sol.

Il me fallait être raisonnable, reprendre mes esprits et une décision et très rapidement même car, en levant un instant la tête sans savoir pourquoi du reste, j’ai pu voir dans le ciel bleu, juste au dessus de moi, tournoyer des vautours.

J’ai su à ce moment là qu’il était grand temps de faire demi-tour, d’oublier les efforts fournis, tant pis pour ma dignité et de redescendre au plus vite retrouver mon antre.

Je vais téléphoner au copain, au moins il a une voiture. Il sera là bientôt….