34 J’ai senti comme une larme…

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Ce matin,

J’ai senti comme une larme couler sur ma joue.

Une impression étrange s’est emparée de moi tôt ce matin, vers midi.

Une de ces sensations qui vous transporte au-delà de votre horizon.

Une perception différente des choses habituelles de votre quotidien.

Une sorte d’excitation profonde qui vous envahie de partout.

Un étonnement perturbant, une surprise qui vous envahi.

Un choc, un tremblement, une secousse violente.

Ce matin,

J’ai senti comme une larme couler sur ma joue.

Pour me rassurer, un tant soit peu, j’ai observé autour de moi.

Voir, me rendre compte si le décor avait changé.

Il y avait bien là, la cheminée dans laquelle gisaient deux bûches froides sur un lit de cendre.

La petit table ronde, debout à coté de moi, accueillait toujours ses verres vides et leurs bouteilles tout aussi vides.

La fenêtre et la porte attendaient, elles, une ouverture possible sur un monde extérieur.

Ce matin,

J’ai senti comme une larme couler sur ma joue.

Le vieux poste de radio, tout au bout de son étagère, me diffusait.

Mais oui, c’est çà! Le vieux poste! C’est lui le bougre qui m’appelle.

Oui, le poste qui me jouait un de ces airs de l’autre bout du monde.

C’était OUM  dans  Taragalte…

C’était ça les vibrations, l’appel des grands espaces, de la rencontre de l’autre.

Et puis, il m’a suffi de fermer un peu les yeux.

Ce matin,

J’ai senti comme une larme couler sur ma joue.

Et puis, il a suffi d’un rien pour me trouver aux portes du désert.

Les grands espaces infinis devant mes yeux, plissés par le sable.

Et le soleil, toujours présent, qui vous réchauffe l’âme.

Les nomades, au loin, avançant vers vous aux pas lents des camélidés silencieux.

Je me souviens de ce déhanchement monotone de ma monture.

Comme un navire ballotté dans la houle de mes trajets au milieu des dunes.

Ce matin,

J’ai senti comme une larme couler sur ma joue.

Je revois le visage caché dans ce long et étroit linge coloré.

Ce tissu bleu qui vous entoure et vous protège du vent de sable.

Et derrières ces chèches où l’on ne voyait que de grands yeux noirs,

Moi, j’y voyait des hommes, non, des amis, des frères.

Toujours le sourire aux coins des yeux.

Ce matin,

J’ai senti comme une larme couler sur ma joue. 

Et encore une fois, la main tendu pour m’aider à avancer.

Personne ne reste sur place, on avance tous en même temps.

Tous ensemble on va plus loin.

Plus loin… loin…

Vous me manquez, vous êtes si loin.

Ce matin,

J’ai senti comme une larme couler sur ma joue.

Je n’ai pas retrouvé, ici, le goût du thé brûlant dans ma théière.

Il ne mousse plus dans mon petit verre aux dessins arabesques.

Mon tissu de couleur, qui enveloppait ma tête, chèche au soleil froid de mon jardin.

Le son du bendir et les chants lancinants ne parviennent plus à mes oreilles.

Même le soleil ne vient plus réchauffer ma peau.

Il ne me donne plus qu’une ombre froide au sol.

Ce matin,

J’ai senti comme une larme couler sur ma joue.

Et ce matin, il a fallu que ce maudit poste de radio me signifie…

Et ce matin, il m’a fallu que je me souvienne que vous êtes loin…Si loin…

Et ce matin, il a fallu que j’entende cette chanson pour me demander si je vous…

Et ce matin, il m’a fallu cet appel pour, peut-être, espérer…

Et ce matin… Il m’a fallu…

J’ai senti une larme couler sur ma joue.

Et ce matin, je pleure.