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Je regarde la cheminée dans laquelle ne flambent pas deux belles bûches brunes,
Et dont les flammes ne montent pas haut dans le manteau noir.
Je suis là, assis dans le fauteuil rouge sombre à regarder, à regarder…
Regarder quoi au fait? Rien. Je suis dans un claire-obscure froid.
Même l’âtre n’éclaire pas la pièce plongée dans la pénombre.
Mon âme est un peu triste et pourtant … et pourtant,
Et pourtant je ne le connaissais pas tant que cela.
J’écoute, effondré dans le fauteuil, le vieux poste de radio.
C’est Marta Pereira da Costa & Camané dans un vieux fado.
Dans un de ces fados qui me serre le cœur et qui emporte l’âme des vivants
Mon esprit désemparé se laisse envahir et suit les notes qui me parviennent.
Je repense à ce voyage non prévu, qui nous est tombé dessus.
Mon âme est un peu triste et pourtant … et pourtant
Et pourtant je ne le connaissais pas tant que cela.
J’ai fait la route. Elle fut longue et monotone mais nous l’avons faite.
Dans l’auto, personne ne parlait et seul le silence était assourdissant.
Pour rompre le mutisme pesant, nous changions de temps à autre de chauffeur.
Après avoir traversé l’Espagne et être entré au Portugal, la voiture semblait un bloc.
La route sinueuse montait. C’était une petite route étroite et tortueuse.
Mon âme est un peu triste et pourtant … et pourtant,
Et pourtant je ne le connaissais pas tant que cela.
Comme une âme ayant souffert cherchant la lumière vers le haut.
Nous sommes entré dans un village entièrement décoré.
Il y avait des guirlandes lumineuses éteintes, elles étaient si ternes aujourd’hui.
Des stands de fêtes désertés, des manèges silencieux qui ne tournaient plus.
Et puis, quelques passants muets vêtus de noir marchaient lentement sans un mot.
Mon âme est un peu triste et pourtant … et pourtant,
Et pourtant je ne le connaissais pas tant que cela.
C’était déjà l’autre jour, mon fils est venu nous voir en pleur.
Le père d’un de ses copains venait de mourir loin d’ici.
Il fallait, sans concession aucune et sans délais, s’y rendre.
La voiture de ses camarades traversait le village, la fête a été annulée.
Tout le monde se rendait pour un dernier hommage au mort, il était d’ici.
Mon âme est un peu triste et pourtant … et pourtant
Et pourtant je ne le connaissais pas tant que cela.
La famille, les amis, les voisins et tant d’autres défilaient lentement.
Chacun, vêtu de noir, s’arrêtait, immobile, le regard fixé sur le cercueil ouvert.
Les uns après les unes avaient une pensée ou une prière pour le défunt.
Tout le monde pensait à la veuve, pensait aux enfants qui restaient là, maintenant.
La salle silencieuse, offrait une vision si triste avec ce cercueil entouré de tant de fleurs.
Mon âme est un peu triste et pourtant … et pourtant
Et pourtant je ne le connaissais pas tant que cela.
Ensuite le cortège est entré dans la bien trop petite église du bourg.
Tant de monde venu accompagner le bonhomme dans une dernière cérémonie.
Dehors, les autres, si nombreux, cherchaient l’ombre en silence.
Et puis, le cercueil, porté par les fils et les copains est sorti de l’église,
Traversant le parvis, fendant la foule en larmes dans un mutisme absolu.
Mon âme est un peu triste et pourtant … et pourtant
Et pourtant je ne le connaissais pas tant que cela.
Le cortège en deuil a franchi la porte du cimetière jouxtant l’édifice religieux
Nous l’avons traversé, frôlant les tombes déjà occupés par ceux parti avant.
Le chant de repos éternel était trop petit lui aussi pour tout le monde à la fois.
Alors, dans les sanglots profonds et les cris de douleurs, de désespoirs
Le cercueil d’Antõnio s’est enfoncé dans les entrailles de la terre.
Mon âme est un peu triste et pourtant … et pourtant
Et pourtant je ne le connaissais pas tant que cela.
Chacun, lentement, s’est approche du trou béant où gisait Antõnio.
Dans un seconde d’immobilité, avec un geste simple d’abandon,
Les doigts lâchaient une rose blanche qui disparaissait au fond.
Le défilé des amis a duré longtemps sous le soleil écrasant du Portugal.
J’ai regardé de longues minutes les gens défiler pour un dernier hommage.
Mon âme est un peu triste et pourtant … et pourtant
Et pourtant je ne le connaissais pas tant que cela.
J’ai accompagné les copains du fils dans la maison familiale au bout du village.
Nous nous sommes assis autour dune grand table sur la terrasse, face à la montagne.
Nous avons discuté du mort, de demain quand il ne sera vraiment plus là.
Qu’il faudra malgré la peine et l’absence de l’homme disparu que tout continu.
Que, oui Antõnio est mort mais que la vie ne se vit qu’avec les vivants
Mon âme est un peu triste et pourtant … et pourtant
Et pourtant je ne le connaissais pas tant que cela.
Je suis là, assis dans le fauteuil rouge sombre à regarder.
À regarder… À regarder…
Regarder quoi au fait?
À regarder la cheminée dans laquelle ne flambent pas les bûches,
Et dont les flammes ne montent pas haut dans le manteau noir.
Mon âme est un peu triste et pourtant … et pourtant,
Et pourtant je ne le connaissais pas tant que cela.
