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Aujourd’hui, c’est mon anniversaire… Et alors?
Ce matin, très tôt, vers 11h55, je me suis levé pour aller au salon. Pour moi, c’était un jour comme les autres, rien d’inhabituel. C’est vrai. Je me suis écroulé dans mon bon vieux fauteuil rouge.
Un bras ballant pendant lamentablement vers le sol tandis que l’autre tentait de maintenir le plus stablement possible et à l’horizontal, mon verre qui faisait le voyage entre la petite table ronde située, à coté de moi, sur laquelle se trouvaient des liquides désirables, jusqu’à mes lèvres pour déguster ces liqueurs divines sans mettre à terre la moindre goutte.
Aujourd’hui, c’est mon anniversaire… Et alors?
Les yeux à demis clos, je regardai vaguent, au-dessus des bûches qui craquaient dans la cheminée, des flammes qui animaient un peu mon environnement et en dansant elle faisaient bouger mon décor. Je ne sais pas comment j’ai fait mais j’ai réussi à regarder l’heure à ma montre sans rien renverser. Encore un exploit qui restera dans l’oubli. Il est en ce moment, je ne sais plus et des boulettes. J’entend Wynton Marsalis -Happy Birthday- sur mon ancestral poste de radio et cela me renvoi bien loin en arrière.
Aujourd’hui, c’est mon anniversaire… Et alors?
Il y a des dizaines d’années. Je ne suis pas encore né. C’est juste le moment où je vais faire une entrée criante dans ce monde. Je suis arrivé ici un dimanche soir, au alentour de 23h50, à l’heure d’aller au lit. C’est un signe non? C’est vous dire la prédestination que j’ai, dès le départ, pour la procrastination, la paresse et autres fainéantises. Je me recompte que sans le vouloir, instinctivement, je me suis évertué tout au long de ma vie à en faire le moins possible et je compte bien continuer encore un bon moment. C’est, me semble-t’il, ce que je réussi de mieux à faire.
Aujourd’hui, c’est mon anniversaire… Et alors?
Tenez, pour vous donner une idée de mon aversion pour le boulot, c’est que, déjà, le jour même de ma naissance, je n’ai rien fait. C’est ma mère qui a fait tout le travail. Et tout au cours de ma vie je n’ai jamais travaillé le jour de mon anniversaire, poussant même l’excellence dans ce domaine, à toute ma scolarité. Vous pouvez vérifier en consultant mes bulletins notes, ceux-la provocant par là même occasion, la reconnaissance de mes maîtres et celle de mes parents:
« –Cet enfant ne fait rien! Il ne travaille pas!
-Ne fait pas li moindre effort ».
C’est en gros, la seule bénédiction que j’ai reçu de la part de mes contemporains. Delà à en faire des ex-votos, il ne faudrait pas exagérer tout même.
Aujourd’hui, c’est mon anniversaire… Et alors?
Ceci dit, au grand dam de mes parents, de ma famille sens large et du corps enseignant, j’ai réussi tous les examens que j’ai scolairement passé, même en candidat libre. Je suis bardé de diplômes. Je n’ai, Dieu merci, pas eu de « mentions ». Celles-ci étant le degré de soumission à la hiérarchie en place. Cela n’a pas servi à grand chose pour la reconnaissance. À l’armée, cela a été pareil. Je n’ai quasiment rien fait, la preuve, je n’ai pas eu grade. J’ai eu des encouragements de leur part puisque, pour être certain que je ne ferais rien, ils me mettaient régulièrement au trou. C’est vous dire. La seule marque d’affection de la part de la « Grande Muette » c’est qu’ils m’ont gardé presque un mois de plus.
Aujourd’hui, c’est mon anniversaire… Et alors?
Cela m’a poursuivi tout au long de mes années de labeur alimentaire. Je me souviens assez facilement d’un camarade de travail qui, tout les ans, à la même date vérifiait si mon patron m’avait accordé un repos le jour de mon anniversaire. Je ne m’occupai de rien, le camarade s’en chargeait. Je pouvais dormir tranquille, il venait travailler à ma place. Je ne le remercierai jamais assez, il m’a bien aidé à ne rien faire, ou du moins, le moins possible. Aujourd’hui, où je suis mon propre patron je peux gérer ces longs moments de temps libres à ma guise, comme par exemple…
Aujourd’hui, c’est mon anniversaire… Et alors?
Je suis donc là, avachi dans le fauteuil rouge regarder les flammes tout en écoutant du jazz qui sort d’un vieux poste de radio. Je suis dans l’attente de voir à quel moment je ressentirai l’étrange sensation du changement d’âge. Qu’es-ce qui va se passer quand , brusquement, je prendrai un an de plus. Cela fait presque un siècle que le poursuit cette étude du vieillissement brutal sur le corps humain et je ne ressens absolument rien. De là a dire que je sois, soit inhumain ou alors surhumain…
Aujourd’hui, c’est mon anniversaire… Et alors?
Il va y avoir toute la journée et même au-delà pour ceux qui ne sont jamais à l’heure, des gens que je connais ou pas, qui vont me téléphoner où me poster un « joyeux anniversaire ». À quoi bon, je ne bougerai pas de la journée. Je ne décrocherai pas le téléphone. Ne vous vexez pas mais de la même manière que je suis assez grand pour me tromper tous seul, j’ai bien l’âge de me souhaiter un an de plus. Je vais dès demain reprendre au ralenti mes activités familières en attendant tranquillement un an car…
Dans un an, ce sera anniversaire… Et alors?
