Me voici dans mon bon vieux fauteuil rouge devant ma cheminée en écoutant mon ancestral poste de radio.

Je déguste lentement quelques vins fins et délicats qui m’attendent dans des bouteilles posées sur la petite table ronde, juste à coté de moi.

Mes yeux fixés sur les flammes qui dansent dans l’âtre et brusquement, mon esprit s’évade.

La musique entendue, la lumière vacillante, les degrés spiritueux des verres, alors, les souvenirs me reviennent en mémoire.

Pourquoi garder cela pour moi?

C’est une question que je ne me pose pas et c’est pour cela je vous livre ici, au fur et à mesure qu’ils m’arrivent, tous ces petits textes.

Je sais très bien qu’ils ne vous plairont pas tous et même aucun, si cela se trouve. Ce n’est pas bien grave alors ne m’en tenez pas rigueur c’est qu’ils ne sont pas là pour vous.

Sinon, laissez vous emporter et venez avec moi dans mes aventures.

J’espère que vous prendrez autant de plaisir à les lire que j’ai souffert à les vivres.

Bonne lecture.

Philippe MARZAT

Ce matin, j’ai quitté mon fauteuil rouge , j’ai poussé deux bûches contre les chenets. J’ai tiré le rideaux de la petite fenêtre, je suis sorti et tourné la clé de la porte.

Le chemin se frayait un passage dans la petite brume du matin. Je longeai le bois au feuillage obscure et noir où les monstres m’attendait surement, j’accélérai donc le pas.

Et là-bas…

Les mains de la vielle dame qui tremblaient.

J’arrivai déjà à l’entrée du bourg où il avait un parc assez grand pour s’y sentir seul. J’ai décidé de le traverser pour aller au plus vite chez ce copain qui possédait quelques vins fins qui regarniraient ma cave. Sur le décor noir que forment le parc, quelques bancs s’alignaient géométriquement et sur l’un d’eux, une silhouette se dessinait et je pouvait deviner, là-bas…

Les mains de la vieille dame qui tremblaient.

Plus je m’en approchai, plus une musique se faisait entendre. C’était une aubade entrainante, à la fois gaie et triste comme celle de la Nouvelle-Orléans. Celles des fêtes et celles des enterrements. Un groupe de musiciens marchait à pas lent et saccadés au rythme de leurs partitions.

Et la bas…

Les mains de la vielle dame qui tremblaient.

La fanfare s’est mobilisée devant le banc occupé. Le regard de la vielle dame ont lentement quittés le vague pour fixer la clique. Le sourire s’est emparé de son visage illuminant ses yeux. Sa mémoire s’est soudainement activée et une folle remontée dans le temps s’est opérée.

La musique, les rythmes envoutants. le passé revenu.

Elle battait la mesure.

Les mains de la vielle dame qui tremblaient.

Elle revivait maintenant sa vie d’avant.

Celle où elle était jeune,  belle.

Celle où tout bougeait autour d’elle.

Celle où tout son avenir l’attendait

Celle où tout était envisageable, possible.

Celle où elle battait la mesure. 

Les mains de la vielle dame tremblaient.

Un peu à l’écart, je me suis arrêté. 

L’orphéon lui a joué quelques air de son enfance.

Tous entrainant ses souvenirs dans sa tête sombre.

Je suis certain qu’à un moment la vielle dame se serait levée. Qu’elle allait danser avec le jazz-band.

Je sui sûr qu’elle avait vingt ans à présent.

L’âge où elle battit la mesure.

Les mains de la vielle dame tremblaient. 

Et puis, inexorablement, la formation a repris son pas cadencé et la vielle dame s’est retrouvée toute seul, assise sur son banc. Ses souvenir se sont irrémédiablement immobilisés la laissant là. J’ai deviné ses vieux yeux cernés de rides profondes perdre leur éclat.

Son regard s’est éteint, son visage s’est fixé dans une pose tragique.

Elle tremblait la mesure.

Les mains de la vielle dame tremblaient. 

C’était fini, elle ne se souvenait plus de rien. De son passé, elle ne se rappelait plus et le vide dans sa tête s‘est fait.

Elle était figée sur son banc dans ce petit matin matin froid de brume. 

Des gens, passant par là et la voyant comme çà se sont arrêtés. Une ambulance est venu chercher la vielle dame immobile. Sans plus de vie en elle est partie.

La vielle dame ne battait plus la mesure.

J’ai repris ma route dans le grand parc vide,

Et là, définitivement,

Les mains de la vielle dame ne tremblait plus…

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