20 Le petit tortillard

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J’ai décidé de faire un grand voyage.

Et c’est pour aujourd’hui.

J’ai poussé les bûches, quasiment brûlées, au fond de l’âtre.

J’ai déplacé le fauteuil rouge bien efface de la cheminée.

J’ai aussi, machinalement, bougé la petite table.

Elle est ronde, vide de bouteilles et de verres.

J’ai fermé la petit fenêtre et tiré le rideau.

J’ai décidé de faire un grand voyage.

Pendant tout ce temps, le vieux poste de radio était resté allumé.

De mémoire il me jouait que j’avais trouvé de circonstance:

Et B.B. King – The Thrill Is Gone – rythme mes pensées.

Sur le seuil de ma maison, j’ai lâché la poignée de la porte,

J’ai saisi celle de ma petite valise.

Et en route pour la gare.

J’ai décidé de faire un grand voyage.

Me voici arrivé dans ce hall de gare.

Je m’assois sur un banc et j’attends, sur le quai, le petit tortillard qui m’emmènera par delà les monts et les vallées au rythme lent de sa machine à vapeur.

Je sortirai un moment du compartiment.

Je baisserai à deux mains la lourde vitre du couloir et je m’accouderai en posant ma tête sur les bras.

J’ai décidé de faire un grand voyage.

Je regarderai, pensif, le paysage qui défilera lentement devant moi.

Passeront alors, des champs et des villages, sur un décor pastoral verdoyant aux verts changeant et jouant entre ombres et soleil.

Par moments, le train ralentira.

J’ai décidé de faire un grand voyage.

La côte est raide pour la machine ancestrale.

J’aurai le temps de distinguer, au hasard,

un passant, un villageois ou une carriole qui roule.

Et puis tout disparaitra brusquement dans le bruit d’une sirène puissante.

Nous entrons dans un tunnel.

Une pression, forte, s’engouffre avec le noir dans le wagon.

Je recule un instant la tête les cheveux ébouriffés.

La lumière revient lentement.

J’ai décidé de faire un grand voyage.

Tout rentre presque dans l’ordre,

Hormis, le paysage qui à changé.

Tout est plus lent, tout semble en puissance.

Plus question de plaines.

Plus d’horizons en dehors des sommets alentour.

J’ai décidé de faire un grand voyage.

Oui, nous voici rendu dans nos montagnes.

Les maisons sont plus serrées, les unes contre les autres.

Leurs toits ont abandonnés les tuiles girondes pour une couverture en ardoises bleues.

Même leurs pentes sont devenues aussi raides que les montagnes qui nous entourent.

J’ai décidé de faire un grand voyage.

Le soleil blond de tout à l’heure s’est changé en bleu froid.

Je remonte la vitre et me rassois dans le compartiment.

Je colle mon visage à la vitre froide.

C’est une neige fine qui tombe maintenant.

Elle poudre les villages et la campagne.

J’ai décidé de faire un grand voyage.

L’excitation de revoir mes sommets enneigés.

Les copains d’avant qui ont changés.

-« Maman? Maman? … On arrive bientôt? ».

Mais aussi les quelques vieux restant encore.

-« Maman? Maman? … On arrive bientôt? »

J’ai décidé de faire un grand voyage.

Je n’attends même pas la réponse et j’ouvre les yeux…

Et merde, j’ai surement dormi.

je suis toujours dans ce hall de gare…

Et le tortillard est parti sans moi.

J’avais décidé pourtant de faire un grand voyage.

Mais ce n’est pas pour aujourd’hui.

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