18 La fenêtre ouverte

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Pour sûr que l’on est en hiver mais est-ce novembre ou décembre?

Je n’en sais fich’trement rien.

Peu m’importe du reste.

Pour le moment je déambule lentement dans les rues de ma ville le col de ce pardessus trop vieux, relevé. Il pleut et le vent soulève de temps à autres un chapeau ou retourne un parapluie. La nuit venue n’est éclairé que par quelques rares réverbères suspendus ou par les lumières des vitrines des magasins encore ouverts, pour le moment.

Peu m’importe du reste.

Le froid et la faim me tournent faiblement la tête. Mes yeux se voilent même par moments. Je titube un peu, heurtant au passage, un passant ou un mur. Puis je reprend mes esprits et tente de rester debout contre tous les éléments. J’avance maladroitement sous  les rires ou les réprobations des gens railleurs:

Peu m’importe du reste.

-« Regarde moi çà, encore un ivrogne.

-Si c’est pas malheureux de voir çà tout de même. »

Je me redresse. J’avance. Je fend la foule pressée qui se hâte vers des festins petits bourgeois. Le temps m’échappe. Depuis combien de jours cela dure? Cela fait trop longtemps et après?

Peu m’importe du reste. 

Et puis brusquement, dans une ruelle déserte, je m’arrête près d’une fenêtre entrouverte. De celle-ci s’échappe une odeur d’un gâteau sortant du four et que l’on pose là pour « froidir » mais aussi il y a une musique qui s’enfuit d’un vieux poste de radio posé sur un meuble. De mémoire c’était SING, SING, SING BY BENNY GOODMAN.

Peu m’importe du reste.

Je m’appuie maladroitement contre le mur. L’odeur et le son mélangés, brouillent mes pensées et ma vue. Je vois danser devant moi toute une troupe d’artistes aux rythmes du big band endiablé sous des feux multicolores des guirlandes qui scintillent. J’essai en « vin » de danser moi aussi mais le mur contre lequel je m’écrase me rappel à l’ordre, je ne tiens plus debout tout seul.

Peu m’importe du reste.

La fenêtre grince. Elle s’ouvre. 

– « C’est quoi ce chahut dehors?

– Excusez moi m’dame, j’essayai de passer par là…

– Par là, il y n’y a rien du tout par là ! …

– Je le sais bien m’dame mais j’y vais… J’y vais quand mêmes….

-Vous n’êtes pas un peu fou ce soir? Vous y arriverez bien assez tôt nul part… Allez! Entrez donc, c’est pas Noël mais il fait froid tous les soir par ici… Entrez. Il y a de la soupe chaude… Attention, elle est brûlantes… »

Peu m’importe du reste.

Où habitait-elle cette cantinière d’un soir? Je n’en sais rien mais je me souviens de cette soupe et du bien qu’elle m’a fait ce soir là. Demain soir je déambulerait encore dans les rues affrontant les vents, la pluie et les ronchons avec de toutes façons cet air en tête. Mais qui était cette dame?

Peu m’importe du reste.

Peut-être qu’une autre fenêtre s’ouvrira.

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Note : 1 sur 5.