14 Ma sortie à bicyclette

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C’est complètement épuisé que je suis rentré chez moi.

Je me suis installé, un peu comme d’habitude, à savoir dans le vieux fauteuil rouge, bien en face de la cheminée que j’avais réapprovisionnée en bûches et dont les flammes montaient haut dans le manteau. J’ai allumé ce bon vieux poste de radio, calé sur une non moins vieille station diffusant du jazz ancestral. Là, c’était: « Deep Down Soul – Shirley Scott with Stanley Turrentine ».

J’ai fermé les volets, et j’ai tiré la petit table ronde près de moi, bien à portée de ma main.

Dessus, j’y ai mis deux verres, au cas où un copain viendrait à passer par là.

À coté des gobelets, j’ai positionné quelques bonnes bouteilles de crus divins et je me suis effondré dans le fauteuil en me laissant aller au rythme lent de la musique.

Je repensai à ma journée, dehors, à lutter contre les éléments hostiles.

Il faut que je vous dise quand même, que j’avais décidé d’aller voir un ami qui possède une de ces caves où l’on y rencontre quelques uns de ces liquides tellement délicats au palais, dans une atmosphère sombre pour que la lumière ne vienne troubler la vie de ces précieuses boissons.

Comme il n’habite quand même pas à coté mais pas suffisamment loin non plus pour prendre l’automobile, j’ai enfourché ma bicyclette. C’est un de ces vieux vélo non nucléaire, du coup elle n’est pas électrique, donc pas polluante non plus. Il est rouge mon vélo mais je pense sincèrement que la couleur n’a aucune importance. J’ai commencé par donner quelques coups de pédales, et hop, me voici pour une belle journée avec mon biclou.

Le chemin qui longeait la forêt étant plat, tout allait bien.

Les grands arbres faisant de l’ombre et le vent étant quasiment nul les conditions étaient propices au bien être pour une sortie à bicyclette.

J’avançai à une allure qui me semblait raisonnable. Trop vite, il en était hors de question. J’allais discuter chez un copain et boire quelques verre agréables avec lui. Je n’étais quand même pas sorti pour faire une course cycliste. Et puis, le chemin était quand même long jusqu’au chai, il fallait que je m’économise pour ne pas m’épuiser avant d’être arrivé. Cela aurait été dommage après tout.

Maintenant, le coup de pédale était bien moins franc sur la manivelle, sans compter qu’au bout d’un moment, en entrant dans le bois, le chemin devenait très tortueux. Ce n’était plus qu’un sentier cahoteux avec tant d’embûches du genre, racines trompeuses ou cailloux vicieux, qui venaient tenter de me faire trébucher et tomber à terre, dans la fougère et le ridicule.

Enfin, au bout d’un moment, quand je suis sorti de cette espèce de breuil, j’ai gagné la route beaucoup plus plate. Somme toute, quand je dis plate, j’entends par là qu’elle est horizontale, ou à peu près, dans le sens de la largeur car pour ce qui est de celui de la longueur, c’est autre chose. Je dois vous avouer que je suis entouré, non pas de montagnes à proprement parler mais pour le moins de collines toutes plus ou moins hautes les unes que les autres. Et là, pour passer de l’autre coté, ça monte. Je dirai même que ça monte dur avec des virages à n’en plus finir. Plus je montai en altitude, plus le col me semblait fuir au loin. C’est à croire qu’une force surhumaine rajoutait régulièrement une longueur de goudron uniquement pour me décourager. Plus je montai, plus cela m’était difficile, à tel point que je me suis senti obligé, après des tonnes d’efforts puissants, surhumains, de me mettre debout sur les manivelles, en danseuse comme le veut le jargon de la pédale. Malgré cela, je voyais bien que je n’avançai pas beaucoup plus vite et que la route, devant moi, me paraissait toujours aussi longue.

J’avançais si peu vite que j’en zigzaguai  pour tenter de garder un aplomb qui me permettrai de rester debout sur mon vélo et à la verticale. Par conséquence, non content d’être fatigué, la route devenait plus longue et la brèche me permettant de passer de l’autre coté devenait de plus en plus inaccessible. Je ne voyais pas le bout de cette aventure. Il m’apparaissait dorénavant que tout aller être remis à un autre jour.

Comment vous dire à quel point je n’avançai pas vite? Il me semblait que moins vite, j’en aurai été contraint à lutter contre les lois de l’équilibre et, qu’à un moment donné j’en aurai été forcé de faire du surplace , que fatalement, je serai tombé sur le goudron. La loi de la gravité n’étant pas incompatible  avec la gravité de la chute, je me serai lamentablement vautré dans le ridicule et les douleurs.

Il s’est passé à ce moment là un évènement qui m’a fait prendre une décision et très rapidement. J’ai levé un instant la tête, sans savoir pourquoi du reste. Une vision apocalyptique m’est apparu. J’ai pu voir dans le ciel, juste au  dessus de moi, tournoyer des vautours et qui n’attendaient que ma chute fatale, mon agonie. Ces nettoyeurs de la nature faisaient des cercles au-dessus de ma tête. J’en étais certain, quelques instants de plus et ma vieille carcasse était pour eux. J’ai su à ce moment précis qu’il était grand temps de faire demi-tour. Et tant pis pour le ridicule et ses conséquences mais  l’instinct de survie étant plus fort de n’importe quoi, c’était le moment venu d’oublier les efforts fournis, de faire demi tour et de descendre à toute vitesse.

Peu importe si je devais affronter les embûches de la montée, à contre sens mais vite retrouver mon antre.

Me voilà maintenant à l’abri des oiseaux de malheur.

Je vais téléphoner au copain, au moins lui il a une voiture.

Bientôt Il sera là…

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Note : 1 sur 5.