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Ce soir, j’ai invité les fantômes de mes ténèbres.
Si vous voulez-vous joindre à nous, il vous faudra tout d’abord, sortir du village et prendre la petite route qui monte vers le col. Ensuite vous devrez quitter le goudron pour prendre le chemin qui entre dans la forêt.
Vous verrez, on marche assez longtemps à travers un bois sombre où le sentier étroit serpente, sous les grands arbres endormis pour l’hiver, jusqu’à la lisière qui s’ouvre sur la plaine un peu plus bas.
Ce soir, j’ai invité les fantômes de mes ténèbres.
Au sortir de la forêt ne descendez pas et continuez à suivre la sente qui grimpe. Faites très attention où vous mettez le pied, la chute serrait plus que terrible, elle serait même effroyable.
Un peu plus loin, vous verrez, il y a ma maison. Elle est posé là, sur la neige quand l’hiver est là, justement, il a beaucoup neigé ces derniers jours. Les traces récentes de pas vous amèneront jusqu’à ma porte.
Entrez!
Ce soir, j’ai invité les fantômes de mes ténèbres.
Dans mon logis, Il y fait doux devant la cheminée.
Il y a une grande pièce à vivre avec un coin occupé par la cuisine tant dis que le reste de l’espace est consacré aux repas et au coin feu.
Parfois, le soir, à l’heure où la nuit a bleuie la neige et que le vent vient pousser de temps à autres les contres-vents qui claquent un peu, je sais que ces bourrasques, ce sont les invités qui frappent à l’huis.
Ce soir, j’ai invité les fantômes de mes ténèbres.
Je les attendais, comme chaque soir d’Autan, pour qu’ils viennent partager la nuit avec mes délires fantasmagoriques et pour eux, j’ai remis une bûche sur les chenets, j’attisé les braises et posé, juste à coté, une potiche en terre cuite vernissée dans laquelle un cassoulet maison mijote doucement à la chaleur rayonnante des flammes. De temps à autres je tourne le pot d’un quart de tour.
Ce soir, j’ai invité les fantômes de mes ténèbres.
En face, j’ai installé quelques chaise de chaque côté de mon fauteuil rouge.
Quand tous mes farfadets et autres gnomes seront là et que les flammes jaunes et vertes danseront au dessus des bûches rouges, quand tout ce beau monde d’affreux aura bien trinqué avec moi.
On pourra écouter Cannonball Adderley Quintet – « Mercy, Mercy, Mercy » (1966), que joue le vieux poste de radio gisant depuis longtemps sur l’étagère, là-bas, entrer alors dans mes rêves et les transformer en cauchemar.
Ce soir, j’ai invité les fantômes de mes ténèbres.
Ils vont défiler en vrac dans une drôle de folle farandole frivole.
Un endiablement paradisiaque. Une Fantastique hallucination fascinante.
Pour le moment, je les attend avachi face aux flammes qui dansent devant moi. Le vin chaud dans une main, l’autre qui pend vers le sol, les yeux à moitiés clos, mon esprit s’échappe doucement de ma tête.
Ils vont arriver provoquant un saint désordre dans ma vie.
Ce soir, j’ai invité les fantômes de mes ténèbres.
Ils vont défiler ce soir mes gnomes, elfes, fées et sorcières, trolls, génies et autres dragons.
Nous partirons dans des aventures complètements époustouflantes, extravagantes, qui se poursuivront jusqu’à l’heure fatidique des humains, celle qui fait disparaître mes songes.
Celles qui vous condamne à rencontrer l’autre…
Ce soir, j’avais invité les fantômes de mes ténèbres.
Pour le moment je suis là, écroulé dans le fauteuil rouge et je regarde la bûche sans flammes qui s’éteint doucement sans que je n’éprouve la moindre force de tout relancer. Les chaises sont restées vides et le cassoulet est toujours dans son pot. Le vent n’a pas tapé sur les volet clos de ma maison. Il n’y a pas eu de farandole profane.
Ce soir, il ne sont pas venus les fantômes de mes ténèbres.
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