10 Soir de Noël

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La journée m’avait semblé longue. Le ciel était resté tout le jour durant gris, uniforme, bas à tel point qu’on aurait dit qu’on allait le toucher du bout du doigt. La neige était tombait toute la journée avec plus ou moins d’intensité et même parfois en bourrasque. Le froid du jour sans soleil m’avait glacé le sang.

J’ai erré toute la journée, parcourant les rues et ruelles de la ville.

Les vitrines, toutes éclairées de mille guirlandes électriques faisaient briller les yeux des enfants comme ceux des parents. Il y en avait partout ornées de couleurs de circonstance; du vert foncé, du rouge, du jaune, du bleu, de l’or et de l’argent.  On voyait aussi des anges volants au-dessus des jouets, suspendus à des ressorts ou alors des personnages articulés, robotisés, qui s’animaient de façons régulières, saccadés. Les enfants, le nez collé à la vitre, émerveillés montraient du doigts aux adultes telle ou telle scène. La buée que faisait leurs respirations contre la vitre embrumait leurs visions et rendait à leurs yeux le tableau vivant. Ils imaginaient demain matin quand au pied du sapin ils verraient leurs paquets cadeaux multicolore avec des rubans et leur prénom écrit dessus. Le bruit du papier, que l’on déchire sauvagement avec hâte, mélangé aux chant de Noël sorti d’un transistor.

Les gens marchaient vite, ne s’arrêtant que pour regarder des devantures, entrer ou sortir d’un magasin. Les enfants les plus audacieux jouaient d’une vitrine à l’autre en glissant sur le sol déjà gelé.

En fin d’après midi, la neige qui tombait depuis l’aube, s’est invitée à la fête et s’est mise à saupoudrer les épaules des passants, à blanchir les têtes et chapeaux comme des pâtisseries couvertes de sucre glace.

Et puis, quand la lumière grise s’est mise à baisser lentement, il y avait de moins en moins de gens dans les rues et déjà les enfants n’étaient plus dehors. Les piétons se sont faits plus rare. Peu à peu le silence s’est installé, les bruits de la ville s’étouffant dans la neige. Seuls les derniers clients des boutiques alimentaires sortaient les bras chargés de victuailles de luxe. On pouvait imaginer, des dindes ou d’autres volailles grasses, des foies gras, des magrets, des châtaignes, des huitres, des vins fins et des tas d’autres bouchées fines.

Les rues maintenant sont vides. La nuit est venue très vite sans le ciel.

La neige avait maintenant couvert les pavés d’une couche suffisamment épaisse pour étouffer tous les sons.

Les vitrines se sont éteintes une à une et le silence s’est fait lui aussi obscure. J’ai marché encore un peu et par une fenêtre dont les volets n’étaient pas encore clos on pouvait voir à l’intérieur une cheminée où flambaient deux belles bûches et juste en face, un fauteuil rouge et un vieux monsieur assis dedans. Les vitres étaient si fines que l’on entendait au travers une vielle radio qui s’époumonait. C’était, je crois: –Lambert, Hendricks & Ross – qui our LIVE 1961-.

J’ai repris ma route.  Dehors, seule la lumière diffuse d’un lampadaire éclairait devant chez moi. Chez moi, ha oui. C’est là chez moi… Je vais fermer les yeux, le ventre vide mais la tête remplie d’espoir.

« Demain matin, peut-être, j’aurai un carton neuf »…

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